Chiharu HACHIMAN est une illustratrice dont le médium de prédilection est le crayon de couleur. Aujourd’hui relativement peu employé par les artistes, ce médium fut pourtant longtemps très apprécié pour ses qualités graphiques et sensibles. Il permet un tracé d’une extrême finesse et autorise un travail minutieux du détail. Les paysages réalisés au crayon de couleur possèdent en outre une douceur particulière, due au velouté de la mine, qui confère aux images une atmosphère intime et délicate.
L’artiste présente ici trois œuvres : deux vues architecturales et un dessin animalier.
« Hasedera » représente le célèbre temple situé sur les hauteurs de Kamakura, renommé pour sa statue à onze têtes de la déesse Kannon. Chiharu HACHIMAN a choisi une composition vivante, dominée au premier plan par un arbre aux branches tordues qui se penchent vers l’entrée du temple. Son feuillage dissimule partiellement la toiture, créant un dialogue subtil entre le bleu des tuiles vernissées et le vert des branches qui s’entrelacent. Ce parti pris insuffle une dynamique naturelle à la scène.
Le temple est entouré de plantes et d’arbustes débordant au-dessus de la clôture, formant un encadrement végétal aux tonalités mêlées de verts, d’orangés et de roses. Une lanterne rouge, accrochée à l’entrée, capte le regard et devient un point focal dans la composition. La scène semble se situer à la fin de l’automne, période où subsistent encore quelques floraisons tandis que les feuillages commencent à jaunir. Les couleurs, volontairement adoucies, traduisent le lent retrait de la nature et annoncent l’approche de l’hiver. L’ensemble dégage une mélancolie paisible qui met en valeur la beauté du temple et l’esthétique de son jardin.
« La maison Takahashi, mont Takao » représente une auberge traditionnelle de soba, classée au patrimoine japonais. La singularité de ce lieu réside dans la présence d’un plaqueminier de plus de cent soixante ans, intégré au cœur même du bâtiment et traversant la toiture. L’artiste en explique l’origine : « À l’origine, l’arbre se trouvait devant l’établissement. Lors de l’agrandissement, il fut jugé impensable de l’abattre ; il fut donc intégré à la structure même du bâtiment. » Ce détail témoigne avec éloquence du respect profond porté à la nature dans la culture japonaise et de la volonté de préserver les éléments vivants remarquables.
La scène semble se dérouler en plein été. Les frondaisons sont éclatantes, baignées de lumière, et le soleil illumine la façade de l’auberge. Chiharu HACHIMAN accorde une attention méticuleuse aux détails : la gouttière, les plis des rideaux, la texture des matériaux sont rendus avec précision. La porte entrouverte invite le spectateur à entrer et à goûter les soba, réputées pour leur fraîcheur lors des chaleurs estivales. À l’image de cette auberge unique, ces nouilles traditionnelles sont appréciées pour leur saveur singulière et leur texture délicate. Avec « Rainbow Lorikeet », l’artiste nous transporte vers un autre continent, l’Australie, terre d’origine du loriquet arc-en-ciel. Ce petit perroquet, aux couleurs vives et chatoyantes, est ici représenté dans un moment crucial de son existence : la première sortie du nid. La scène est empreinte de tension. Les oisillons, suspendus tête en bas, hésitent à s’élancer dans le vide. Chiharu HACHIMAN rend avec justesse leur attitude prudente, partagée entre l’élan vers la liberté et la crainte de quitter la sécurité du nid. À travers ces oiseaux, l’artiste voit des « symboles de liberté, de joie et de respect de l’existence ». Cette œuvre, à la fois tendre et universelle, conclut avec sensibilité un ensemble marqué par l’attention portée au vivant, à la nature et aux instants fragiles qui jalonnent toute vie.